Le Visage du Christ

Iconographie de la Croix

Le visage du Christ

Histoire du visage dans l'iconographie

La couverture du livre Le Visage du Christ chez l'Harmattan

Le visage du Christ : Iconographie de la Croix

Auteur :
Editeur : Editions L'Harmattan (1 décembre 2009)
ISBN-13 : 978-2296107809
Broché : 294 pages

"Monde de l'image, images du monde et de la culture... arts, actualité, publicité, mode... la déferlante médiatique ne cesse d'alimenter le champ visuel de l'univers contemporain. Prolifération exponentielle d'images de toutes natures, de toutes origines. Images-chocs, copies brutes du réel du monde ou bien images-séductions, reflets ondoyants de l'imaginaire et de la culture, elles se superposent en strates dans le fond inconscient de chaque être humain. Images éphémères, lueurs fugaces dans un ciel sans lendemain, elles se démultiplient à l'infini..."

Commander en ligne :
Amazon
Commander également chez L'Harmattan
Fnac.com
Se trouve également Chapitre.com

Histoire d'un visage

Le visage du Christ dans l'art chrétien

"... Toutefois, quelques-unes, après décantation, échappent à l'encerclement du fugitif. Chefs-d’œuvre, elles s'impriment dans la conscience universelle de l'humanité et rejoignent dans leur sublimité, la recherche inassouvie de la beauté insaisissable, synonyme de vie éternelle. Parmi elles, un visage s'arrache à la profondeur diaphane de la mémoire collective. Deux yeux clos indiquent un endormissement plutôt qu'une mort. Une barbe humide de sueur se dessine, ordonnée et régulière, malgré la violence des coups et des soufflets. Désormais, aucun cri vers le Père ne peut déformer la bouche close d'un trait net, sans commissure. Royaux, les traits du visage se tournent silencieusement vers l'intérieur. Tout est suspendu, en attente, tout semble complétude infinie malgré les souffrances et la croix. Visage du Crucifié, visage de lumière mêlée à la terre, visage d'une humanité ayant recueilli dans sa main blessée, les ors de l'espérance. Ainsi s'offre le visage du Dieu-homme sur l'icône. Une lueur solaire traverse la mort et s'inscrit au frontispice de l'humanité. L'image de la personne du Dieu-homme Visage du Crucifié... du dépouillement d'une chambre d'hôpital où il adoucit la détresse d'un malade à l'obscurité tamisée d'une église. Quel qu'en soit le lieu, un échange secret s'opère en silence avec le visage du Dieu-homme abandonné, maltraité et pourtant « lumière de lumière » éclairant le monde.

Le visage du Crucifié

Visage du Crucifié, « icône vivante de l'amour » ... il s'offre au regard sans jamais épuiser son mystère ; il apporte une lueur de vie dans la nuit du monde et verse un baume salutaire sur la blessure ouverte de l'inextinguible soif de sens. Il interpelle, questionne, par la mise en scène simultanée de la mort et de la vie, du dénuement et de la gloire. L'impénétrable intériorité du visage du Crucifié montre tous les signes de l'abandon, reflet en son unicité pacifiée de l'union de Dieu à l'homme. De la palette des couleurs aux éclairages, du tracé des traits du visage à l'écriture de la barbe et des cheveux, de la structuration de l'espace au contenu spirituel, tout est régi par cette unité secrète du divin et de l'humain et contribue à réfléchir le mystère de la personne du Christ.

Le visage de la personne divino-humaine

La personne du Dieu-homme est le fondement de l'image chrétienne. L'image de la Crucifixion, une image emblématique du Christ, va nous servir de support à la démonstration de cette affirmation. L'observation attentive des matériaux iconographiques et l'analyse des modifications apportées à l'image initiale, depuis l'époque paléochrétienne jusqu'au 13e siècle en Orient et en Occident, montre que la Crucifixion connaît son âge d'or aux 9e - 12e siècles avec les images équilibrées et sobres du Christ mort sur la croix, les yeux clos. Le visage du Christ prend une expression de grande majesté dans la souffrance, suggère la mort sans adhérer au dolorisme et sans s'enferrer dans un triomphalisme démesuré.

Histoire de la représentation du visage du Christ dans la crucifixion

Ce livre retrace l'histoire de l'élaboration de cette image et montre le chemin accompli par l'iconographie pour s'abreuver à la christologie et trouver elle-même sa source dans la personne divino-humaine du Verbe. L'image de la Crucifixion à son apogée représente donc la personne divino-humaine du Verbe, souffrant et mourant dans la chair que les Pères conciliaires dessinent dogmatiquement pendant la période qui couvre les 7 premiers grands conciles de l'Église avant le schisme. L'art se met en synergie avec la christologie, s'ajuste à elle, met l'image en adéquation avec le thème de la personne du Dieu-homme que reflète l'image du Crucifié.
Commander sur Amazon :
La couverture du livre Le Visage du Christ chez l'Harmattan

Le visage du Christ

Préface de Nicolas Ozoline, de l'Institut de Théologie Orthodoxe Saint-Serge

"Notre ami Philippe Péneaud, iconographe-sculpteur et théologien, s'est déjà fait connaître du grand public par son enquête remarquable sur Les Quatre Vivants (L'Harmattan, 2007), menée selon la méthode iconologique que nous avons développée à Saint-Serge. En publiant sa thèse de doctorat, soutenue en janvier 2009 à l'Institut il nous livre une « somme » sur ce qu'il appelle très justement « le coeur des enjeux » de toute théologie chrétienne de l'image, l'icône du Christ sur la croix. Pour des raisons pratiques cette vaste entreprise est publiée en deux volumes et le titre initial qui couvrait parfaitement l'ensemble du travail se trouve remplacé par un titre nouveau pour chacune des deux parties - La personne du Christ (volume I) et Le visage du Christ (volume II)".

Le chemin vers le visage

Le deuxième volume s'annonce comme essentiellement « iconographique ». Sa première partie présente une fresque éblouissante du cheminement théophanique de la gloria crucis à travers l'univers chrétien des douze premiers siècles « de l'image symbolique à l'image hypostatique ». En partant des modestes signes et allégories des catacombes aux splendeurs étincelantes de Justinien, des miniatures marginales des psautiers monastiques byzantins post-iconoclastes à la perfection « archétypique » des crucifixions de Hosios Lukas et Daphni du douzième siècle et enfin du Christus triumphans carolingien aux Christus patiens roman, l'auteur nous fait découvrir, comme il le fit déjà pour les « Quatre Vivants », les trésors du musée imaginaire de l'Una Sancta, ainsi que l'indubitable pérennité du sens théophanique de l'ensemble des représentations de la sainte croix reconnu comme fondement de sa vénération universelle. La deuxième partie du tome iconographique a été décrite à juste titre comme la plus originale de l'ensemble de l'oeuvre.

De l'image dogmatique à l'image naturaliste

Elle s'appelle « De l'image dogmatique à l'image naturaliste ». A ma connaissance il n'existe pas d'autres études qui ont approché ce sujet avec tant de lucidité et de délicatesse à la fois. Il s'agit en effet du compte rendu de l'abandon progressif du langage spécifiquement chrétien de l'art de l'Église par le monde latin dès le début du treizième siècle. Après les hauteurs sublimes de la divino-humanité et de la création rétablie dans sa communion avec le créateur nous assistons au plongeon suicidaire dans l'espace et le temps d'un monde désespérément séculier, profané et déchu. Les événements évangéliques qui changèrent le monde font figure d'incident anecdotique d'une navrante banalité. Même dans le statuaire naguère d'une force inégalée ailleurs, de Piéta en Homme des douleurs, c'est le triomphe du Mal. Les titres des chapitres en disent long : « L'apparition du pathétique », « L'iconographie glorieuse s'efface au profit du Jugement », « L'art macabre », « Le patripassianisme en images », « La communion à la souffrance » et j'en passe... Finalement on devrait se demander avec Émile Mâle « si c'est bien la même religion que les artiste interprètent », car selon le mot de Dostoïevski, « cet art n'annonce plus le salut, il fait perdre la foi ».

Image de la Tradition

Mais Philippe Péneaud ne se contente pas de ce constat tragique. Grâce à son cheminement personnel, le sculpteur d'icônes connaît le remède : cet immense défi, qui touche l'essence du message chrétien, ne peut être relevé que par ceux qui - comme lui - font confiance à la Tradition vivante de l'art authentiquement liturgique, telle qu'elle se transmet dans l'Église. En conclusion de son bel ouvrage ce praticien engagé partage avec nous quelques réflexions précieuses sur sa propre expérience du ministère d'iconographe aujourd'hui. En voici trois extraits. « En se mettant à l'école de la Tradition, l'artiste se greffe au grand courant expérimental d'une vie qui le dépasse et le nourrit, simultanément, il l'enrichit et le vivifie en y apportant les touches de son génie personnel qui, par son renoncement et ses limitations volontaires, se transforme en un mode d'expression universel de la vérité. Le champ d'expression semble au départ limité ; or, il n'est pas douteux que l'espace s'agrandisse au fur et à mesure de la désappropriation de soi ». « L'originalité ne se mesure pas à l'affirmation d'une subjectivité individuelle, ni à la quête d'une dissemblance à tout crin, mais elle s'apprécie à la manière dont l'artiste se fait serviteur fidèle, humble instrument dans la main de Dieu, laissant émerger par l'observance d'une douce obéissance l'image d'une chair libérée de la pesanteur des passions, transfigurée et non dématérialisée, participant à la vie divine ». « L'authenticité d'une icône se mesure à l'intégrité de son contenu spirituel ». Qui dit mieux !"
DÉTAIL DU SARCOPHAGE DE LA PASSION, MUSEO PIO CRISTIANO CRUCIFIXION  MONT-SINAÏ, Photo Kurt Weitzmann CHAPELLE DE THÉODOTE, SAINTE-MARIE-ANTIQUE, ROME
Images traditionnelles de la Crucifixion dans l'art chrétien, à gauche sarcophage Museo Pio Cristiano, Rome, 4e siècle, où surmonté d’un chrisme circonscrit par une couronne, l’instrument du supplice s’érige en trophée. Au centre, icône du Mont-Sinaï, 9e siècle, parmi les images de la Crucifixion du monastère Sainte-Catherine au Mont-Sinaï, la plus célèbre est l’icône B. 36. Selon les canons palestiniens, le Christ est revêtu du colobium pourpre, ses pieds sont appuyés sur un suppedaneum. Le Christ ressemble en de nombreux points à celui de Sainte-Marie-Antique à l’exception d’un détail, ses yeux clos, il est en effet figuré mort. À partir des blessures causées aux mains et aux pieds par les clous, coule un filet rouge identique à celui qui fuse, mêlé à l’eau, du côté percé du Crucifié. Sa tête est légèrement inclinée à droite. Malgré une certaine impassibilité car ses traits sont relâchés, son visage affiche les séquelles de la souffrance. A droite fresque de sainte-Marie Antique à Rome, 8e siècle où le Christ impassible, les yeux ouverts, la tête légèrement inclinée à droite, le visage encadré d’une barbe légère, s’offre en sacrifice, les bras tendus dans une horizontale parfaite, les mains ouvertes, le corps perpendiculaire aux bras, les pieds cloués à la croix à la hauteur des chevilles.
NARBONNE, TRÉSOR DE LA 
CATHÉDRALE SAINT-JUST ET SAINT-PASTEUR ICÔNE MONASTÈRE 
SAINTE-CATHERINE, 12e siècle CHRIT D'ISSENHEIM, 
GRÜNENWALD, COLMAR
Images de la Croix dans l'art chrétien, à gauche Christ triomphant sur la croix de Narbonne, avec une magistrale plaque de reliure d’un psautier ou d’un évangéliaire, gravée dans un bel ivoire, la Crucifixion de Narbonne date de l’époque carolingienne. Réalisée dans les ateliers de l’école d’Aix-la-Chapelle avant 815, date de la cessation d’activité des ateliers qui coïncide avec la mort de Charlemagne, « elle pourrait représenter l’ultime point d’aboutissement des recherches des ivoiriers de la cour ». Entourée de six scènes évangéliques, la Crucifixion occupe le centre de la plaque. Au centre, icône du Monastère Sainte-Catherine où le corps du Christ s’affaisse, les genoux fléchissent légèrement, les bras adoptent une légère flexion au coude selon la typologie classique. Image du modèle classique byzantin qui conserve l’empreinte des Crucifixions de Hosios Lukas et de Daphni. A droite, le Christ d'Issenheim, 1512. À partir du 13e siècle, le visage du Christ perd sa majestueuse beauté sous l’influence du pathétique. Ses traits se crispent, les rides sillonnent le front, les sourcils prennent l’oblique, la ligne de la bouche se courbe en grimace, les joues se creusent et laissent saillir les pommettes. Au fond d’orbites immenses évidées par la douleur reposent deux yeux fermés, gonflés de larmes. Le bel ordonnancement rythmé de la barbe et des cheveux, signe d’un univers pacifié et transfiguré, se perd en ondulations incontrôlées. La tête s’abandonne sur l’épaule dans un angle maximal. Un texte de Brigitte de Suède résume en quelques traits le nouveau visage du Christ tel qu’il est dessiné par cette nouvelle sensibilité : « Il était couronné d’épines, ses yeux, ses oreilles et sa barbe ruisselaient de sang… Ses mâchoires étaient distendues, sa bouche ouverte, sa langue sanguinolente… ». Défiguré, le noble Christ perd toute trace de majesté ; broyé par la souffrance, « il n’a plus d’apparence humaine » (Is 52, 14).

Elaboration du visage du Christ

Sommaire du livre chez l'Harmattan

Commander en ligne :
La couverture du livre Le Visage du Christ chez l'Harmattan

I. Introduction
II. Du symbole à l'image dogmatique de la Crucifixion
1. Une iconographie théophanique
2. Symboles et allégories de la Croix glorieuse
- La Croix voilée
- Allégories
3. La Croix théophanique, 4-6e s.
- La croix victorieuse
- Le trophée de la croix
- La croix théophanique
- La Croix-arbre de Vie
4. Crucifixion paléochrétienne, 4-6e s.
4. Crucifixion proto-byzantine, 6-10e s.
5. Iconographie du « Christ mort sur la croix », 9e s.
- De l'image théophanique à l'image dogmatique
- Les psautiers byzantins, 9e s.
- Les icônes du Mont-Sinaï, 8e et 9e s.
- Du colobium au perizonium
- L'énigme de l'image du Odegos
- L'image du Verbe mort dans sa chair en sa personne
6. Christ triomphant et Christ mort carolingiens
7. Christ triomphant et Christ mort romans
III. De l'image dogmatique à l'image naturaliste
1. Du Christ mort sur la croix à l'Homme des douleurs
- L'apparition du « pathétique »
- Une iconographie expressive
- La Passion du Fils
- La « passion » de la Mère
- La « passion » du Père
2. La fin de l'image dogmatique
- La personne, coeur des enjeux
- Le rationalisme
- L'anthropocentrisme
- Le naturalisme
IV. Conclusion

Lire des extraits sur Google Livres :
Le Visage du Christ
Un compte rendu du livre dans la Revue Théologique de Louvain :
Revue Théologique de Louvain
"Le chemin de la réflexion christologique a été long jusqu'à ce que l'Église confesse que c'est bien la personne du Christ, Dieu et homme, sans confusion ni séparation, qui meurt sur la croix. Les tentations de rationaliser l'incarnation en escamotant soit la divinité, soit l'humanité ont été nombreuses : docétisme, arianisme, patripassianisme, apollinarisme, nestorianisme, monphysisme. Les images du Crucifié accompagnent ce long chemin. Et c'est une longue maturation iconographique que ce livre suit à la trace en quatre grandes étapes. La première propose des figurations voilées, des symboles et allégories de la croix glorieuse où n'apparaît pas le supplicié ; la divinité du Christ y est majorée au détriment de son humanité. La deuxième est celle d'un certain rééquilibrage. Le Christ crucifié y apparaît dans son corps ; il est vivant, les yeux grands ouverts, les bras horizontaux selon le modèle hellénistique de l'athlète victorieux. La troisième étape est, après la crise iconoclaste, celle de la représentation de la personne du Verbe mort dans sa chair déifiée, mélange de majesté et de souffrance, échappant au dolorisme comme au triomphalisme. Dans une quatrième étape, «la thématique personnelle s'épuise en formulations inappropriées, majorant par exemple la nature humaine aux dépens de la nature divine, sonnant la fin de l'image personnelle christomorphique» (p. 36), ce qui aboutira à une «sécularisation» du motif du Christ sur la croix...
L'exposé de Philippe Péneaud, docteur en théologie et sculpteur, spécialiste de l'art chrétien des douze premiers siècles, est érudit et unit avec bonheur expertises artistique et théologique. Il intéressera aussi bien les théologiens que les artistes. Fort bien écrit, il s'appuie sur 63 figures qui sont analysées avec beaucoup de rigueur et de finesse. L'ouvrage est complété par un lexique (p. 273-278) et par une bibliographie sélective (p. 279-291) répartie sous les titres suivants : l'image chrétienne, la crucifixion, le Moyen Âge, les sources patristiques, les sources iconographiques, les autres sources bibliographiques. C. Focant "