Le Christ a été réellement crucifié, réellement enseveli ; il est réellement ressuscité. » dit Cyrille de Jérusalem, et il ajoute plus loin : « le Christ a souffert pour nous et pour notre salut ; en réalité et non en apparence » ou bien encore : « La croix n'était pas une apparence. la mort n'était pas imaginaire ». La Passion du Christ ne relève pas d'une pure fiction, elle n'est pas une légende aux contours historiques diffus qui relèverait d'une spiritualité dématérialisée participant du docétisme, et nierait la véracité de l'incarnation. Elle appartient à l'histoire.
La Passion prend fin avec l'agonie abominable du supplice sur la croix. Ce tourment n'était pas la peine capitale coutumière infligée par les hébreux à leurs condamnés. Ils pratiquaient la lapidation, comme en témoigne le récit du martyr de saint Etienne (Actes, 7, 54-60). La crucifixion fut instaurée comme peine capitale au moment où la Palestine devint territoire romain.
Elle était, le sort le plus horrible réservé à ceux qui avaient commis les crimes les plus abjects ou bien à ceux qui se rebellaient contre le pouvoir. Elle était la punition, au degré de cruauté le plus extrême, réservée aux esclaves. Le condamné était d'abord mis à nu, puis flagellé, enfin emmené au lieu de son supplice.
Cette punition infâmante est demeurée en vigueur dans l'empire romain jusqu'au milieu du règne de Constantin, qui la supprima en mémoire de la Passion du Christ.
Et pourtant ce supplice, terriblement douloureux et infamant, réservé à ceux qui commettent des fautes particulièrement répréhensibles, est invoqué par les Pères, comme un motif de fierté et de gloire. Selon Cyrille de Jérusalem, dans sa treizième catéchèse baptismale consacrée à la croix, malgré son ignominie, la croix est un motif de fierté et non de honte, « la fierté des fiertés » .
Elle est parée d'une immense vertu car, par elle, la lumière triomphe sur les abîmes de l'ignorance, la vie éternelle l'emporte sur le péché et la mort : « Si le premier être de terre modelé apporta une mort universelle, est-ce que celui qui l'a modelé de la terre n'apporte pas une vie éternelle puisqu'il est lui-même la vie ». Le Christ fut l'instigateur, durant sa vie terrestre, de miracles et de guérisons extraordinaires, mais sa mort sur la croix a engendré un miracle bien plus immense, le salut de l'humanité entière, la victoire sur la mortalité de l'humanité : « De même en effet que tous meurent en Adam, tous aussi revivront dans le Christ » (1 Cor, 15, 22).