Même si la mort du Christ sur la croix reste un mystère, le caractère réel de cette mort ne peut être dénié. "Le Christ a été réellement crucifié, réellement enseveli ; il est réellement ressuscité " dit Cyrille de Jérusalem (Cyrille de Jérusalem, Catéchèses mystagogiques, dans L'Initiation chrétienne, Paris, DDB, Ichtus-Les Pères dans la foi, 1980, II, 5, p. 42) ; et l'évêque de Jérusalem ajoute encore : " Le Christ a souffert pour nous et pour notre salut ; en réalité et non en apparence » ou bien encore : " La croix n'était pas une apparence, la mort n'était pas imaginaire " (Cyrille de Jérusalem, Les Catéchèses baptismales et mystagogiques, Paris, Migne, 1993, XIII, 4, p. 189). La Crucifixion du Christ n'est pas un événement imaginaire, ni une légende lointaine et irréelle qui relèverait d'une spiritualité dématérialisée où l'Incarnation du Fils de Dieu serait amoindrie voire niée.
L'événement de la Crucifixion est d'autant plus réel qu'il est abominable. Ce tourment ne correspond pas à la peine capitale infligée habituellement par les hébreux à leurs condamnés. Ils pratiquent la lapidation, comme en témoigne le récit du martyr de saint Etienne (Actes, 7, 54-60).
La crucifixion est instaurée comme peine capitale au moment où la Palestine devient territoire romain. Punition, au degré de cruauté le plus extrême, elle correspond au sort le plus horrible réservé aux auteurs de crimes abjects ou bien aux rebelles contre le pouvoir.
Cette punition infamante est demeurée en vigueur dans l'empire romain jusqu'au milieu du règne de Constantin premier (274-337) qui la supprime en mémoire justement de la Crucifixion du Christ.
Et pourtant ce supplice, terriblement infamant, réservé à ceux qui commettent des fautes particulièrement répréhensibles, est invoqué par les Pères, comme un motif de fierté et de gloire. Selon Cyrille de Jérusalem, dans sa treizième catéchèse baptismale consacrée à la Croix, malgré son ignominie, la croix est un motif de fierté et non de honte, « la fierté des fiertés ». Elle est parée d'une immense vertu, car, par elle, la lumière triomphe sur les abîmes de l'ignorance, la vie éternelle l'emporte sur le péché et la mort : " Si le premier être de terre modelé apporta une mort universelle, est-ce que celui qui l'a modelé de la terre n'apporte pas une vie éternelle puisqu'il est lui-même la vie ". Le Christ fut l'instigateur, durant sa vie terrestre, de miracles et de guérisons extraordinaires, mais sa mort sur la croix a engendré un miracle bien plus immense. Elle apporte la libération à l'humanité entière, la victoire sur la mortalité : " De même en effet que tous meurent en Adam, tous aussi revivront dans le Christ " (1 Cor, 15, 22).
Qui de Dieu ou de l'homme, endure la mort sur la croix ? s'interrogent les théologiens dès les premiers siècles. Certaines hérésies nient l'Incarnation du Verbe de Dieu et la possibilité de son implication dans la mort sur la croix. D'autres considèrent au contraire le Christ comme une créature, la plus élevée de toutes les créatures et l'enferment dans ce statut humain, attribuant la mort sur la croix à un homme et non au Verbe.
Or c'est la reconnaissance de l'existence d'un seul sujet en la personne du Christ, à la fois Dieu impassible et homme né de la Vierge mourant sur la croix qui permet à l'Église de confesser la mort hypostatique du Verbe dans la chair. C'est bien la personne éternelle du Verbe dans son existence humaine qui meurt sur la croix. " La mort sur la croix « est celle d'une personne divine : subie par l'humanité du Christ, elle est consciemment soufferte par son hypostase éternelle " dit Vladimir Lossky.